Brice Sylvain Agent de développement à la fédération de pêche de la Marne et Moniteur et Guide de pêche en Champagne Ardenne

Plus connu sous le nom de « Loops » sur le forum de gobages.com, Brice SYLVAIN, au delà du moucheur passionné, est agent de développement à la fédération de pêche de la Marne et guide-moniteur de pêche en Champagne Ardenne.

Brice Sylvain Agent de développement à la fédération de pêche

Je trouve ça génial d’avoir des passionnés qui œuvrent dans nos fédérations de pêche, car c’est avec des gens comme toi que les bonnes initiatives prennent place…
J’aimerais qu’on discute un peu avec toi de la pêche en France…

Pour commencer, présente nous ton travail à la fédération de pêche de la Marne.

Tout d’abord, il faut rappeler la dénomination exacte de nos structures départementales. Il s’agit des fédérations départementales pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique. J’essaie à chacune de mes interventions de le spécifier car trop souvent, on nous appelle Fédé de pêche.
Il faut savoir que nos actions sont autant tournées vers le développement et la promotion du loisir pêche que vers une meilleure considération et préservation de nos milieux aquatiques. Pour exemple, dans la Marne, nous travaillons aussi bien à l’accessibilité de nos parcours (réciprocité notamment) qu’à la restauration de zones de frai pour les espèces cyprinicoles telle le brochet, ou le diagnostic de la fonctionnalité écologique de nos cours d’eau.

Pour ma part, je concentre mon activité sur les grands axes que sont l’Animation, la Communication et la Promotion. Il serait trop long de t’énumérer tout ce que regroupe ces termes très génériques mais cela va de l’élaboration de projets, à la recherche de partenaires, en passant par le montage de dossier technique et financier (subventions notamment), l’organisation d’interventions tout public (petits groupes de particuliers, scolaires, centre de loisir, séniors, etc.) qu’elles soient axées « pêche » ou « découverte milieux », sans oublier la gestion du site internet et de la relation aux multiples médias (magazines, journaux, bulletins municipaux, télévision, radios, etc.). Bref, crois-moi, les journées ne sont pas assez longues !
Bien sur, toutes ces casquettes ont pour but principal pour moi de pérenniser l’idée que le loisir pêche doit rester populaire et accessible à tous !

Je vais être franc, mais parfois on a l’impression que pêcher en France c’est vraiment compliqué… Trouver la carte, les réciprocités, les parcours privés… Est-ce qu’une fédération de pêche est aussi compliquée, ou les choses sont organisées et on voit les projets avancer ?

Je comprends ton interrogation sur la complexité de la pêche en France.

Il est vrai que venant du Sud Ouest, toutes ces questions concernant la compréhension de la pratique pêche m’étaient étrangères (exception faite de la Loue, de part sa renommée). Je t’explique.
Chez moi, la notion de réciprocité (et plus généralement de la pratique « pêche ») est associée à l’accès aux cours d’eau. Tout pêcheur qui prend sa carte de pêche avec la vignette du CHI (Club Halieutique Interdépartemental) peut pêcher sur la totalité du linéaire des départements adhérents et également sur les lots des départementaux de l’EHGO (Entente Halieutique du Grand Ouest). Quelques exceptions subsistent néanmoins comme l’Association des Propriétaires Riverains de la Nive, mais qui gère à l’échelle du bassin amont de la Nive (pour celui qui connait, l’APRN ne gère pas que 3km…).

Dans les faits, le pêcheur ne se pose pas la question de savoir si le cours d’eau qu’il longe est privé ou public. Il pêche et c’est tout. Bien sur, il existe une réglementation particulière à chaque département d’où l’intérêt de consulter les arrêtés préfectoraux annuels réglementant la pratique pêche (mailles, quotas, dates, interdictions, etc.) avant tout déplacement à « l’extérieur ».
Il suffit juste de se renseigner avant de s’autoriser à faire une chose, mais n’est-ce pas du bon sens ?

Tu comprends donc bien qu’avant toute chose, il faut que nous travaillions, dans le Nord-est, à simplifier l’accès de notre loisir, notamment en évitant de multiplier les obstacles à la pratique « pêche ».
Bien sur, le gros problème réside dans la détention des baux de pêche sur le domaine privé. En France, je rappelle que le droit de pêche est inaliénable aux droits de propriété. Arrivons déjà à faire que le pêcheur du nord-est puisse accéder à l’ensemble des parcours détenus par les AAPPMA et nous aurons fait un grand pas en avant.

Au niveau d’une Fédération, il faut savoir qu’elle travaille à l’échelle départementale, il lui faut donc parvenir à fédérer toutes ses associations autour des mêmes orientations et volontés de gestion écologique des cours d’eau, de la préservation de son patrimoine piscicole, de la promotion et du développement de halieutique, etc. Elle doit aussi devenir une vraie force de parole et de conseils auprès des nombreux acteurs et partenaires que sont les élus, les institutions, les administrations, les particuliers, les partenaires techniques, etc. Des projets, crois moi, il y en a à l’étude, mais nos structures restent associatives et chaque personnel à un emploi du temps très chargé. Alors certes il y a peut-être une impression d’immobilisme ou que les dossiers n’avancent pas mais ce n’est pas le cas.

Pour exemple, depuis 3 ans, la pêche dans la Marne a subi pas mal de bouleversement :
– Implication au développement de la réciprocité URNE (intégration de nombreux parcours privés de 2ème et 1ère catégorie)
– Réalisation d’un guide de la pêche complet (sur la base de la charte FNPF), normalement mis à jour en 2012.
– Participation accrue aux manifestations locales, départementales et régionales (salon de l’environnement, du tourisme, etc.) ainsi que la création d’événementiels (rencontre entre Ateliers Pêche Nature, Journées de promotion, « carnaleurres », etc.)
– Développement des animations « découverte milieux » et « initiation pêche » par un Agent de développement à la fédération de pêche
– Obtention de l’agrément de l’Éducation Nationale
– Ouverture de la quasi-totalité de son domaine public à la pêche de nuit de la carpe
– Création d’une garderie de 7 personnes

En avant première, je t’informe que le site de la Fédération va évoluer et deviendra beaucoup plus interactif et attractif laissant la part belle aux visiteurs (commentaires, sondages, téléchargements, etc.) ; d’ailleurs si certains veulent nous envoyer leurs plus beaux moments de pêche (prises, insolites, flore, faune, etc.), n’hésitez pas, les auteurs seront récompensés…

Justement, une excellent initiative de ces dernières années, c’est l’urne (union Réciprocitaire du Nord Est), alors parle nous de l’URNE. Est ce le début d’une carte nationale ?

Effectivement, comme tu as pu le noter au travers de ces lignes, la réciprocité est un peu mon cheval de bataille.

Pour moi, je le répète, la pêche doit rester un loisir populaire et accessible à tous !

Nous nous sommes impliqués dès le départ de l’aventure « vignette URNE » pour que nos pêcheurs accèdent aux meilleurs lots de notre territoire sans être obligé de cumuler les adhésions. Cette année, des entretiens et discussions ont permis que la totalité du linéaire marnais de la Saulx soit intégré à l’URNE. L’intérêt ? Simplement que cette rivière est la seule du département à posséder une population (certes fragile) d’ombres communs et de truites fario se reproduisant naturellement.

Je pense que là encore c’est une grande avancée, qui a mon arrivée en 2008 (déjà) semblait un chantier plus que périlleux. Et bien preuve en est qu’avec de l’implication et du respect, la pêche peut retrouver ses valeurs.

Parler de carte nationale, c’était peut-être un peu tôt mais il est intéressant de voir les mentalités évoluées et cette idée n’est à mon sens, plus une utopie. Affaire à suivre…

En plus de tes casquettes d’agent de développement et de moucheur passionné, tu es aussi guide de pêche. Tu es maintenant installé depuis quelques années dans le nord est. Quels sont tes impression sur le tourisme pêche et ta position de guide dans le nord est de la France (rappelons que Brice nous viens du sud ouest, une région beaucoup plus fréquentée par les pêcheurs…).

Tu mets à nouveau le point sur une nouvelle branche de ma passion halieutique. Je suis effectivement habilité à réaliser des prestations « pêche ». J’ai attendu 1 année de repérage avant de m’installer. J’avoue qu’en acceptant le poste dans le NORD, je ne m’attendais pas à trouver des rivières avec un tel potentiel.

C’est bien dommage que des destinations comme la Loue ou l’Ain est pris le pas sur toutes les rivières oubliées du secteur. Quand on cherche un peu, on trouve des parcours magnifiques tant en terme de diversité de profil et de technicité que d’espèces à taquiner.

Comme tu le rappelles, je viens du plus beau coin de France (…). A l’évocation de son nom, le Pays Basque fait rêver ou remémore des souvenirs à chacun. Tout incite à y revenir voir y rester, la montagne, l’océan, la ville, la campagne, la gastronomie, la météo, la bonne humeur, la convivialité, l’ambiance festives des villages, le caractère authentique et attachant des habitants.

Pour le pêcheur, c’est un véritable paradis grâce à un réseau hydrographique exceptionnel (ruisseaux, rivières, lacs de montagne, gravière, étangs, littoral) qui implique une diversité d’espèces et de techniques pouvant ainsi convenir à tous les types de pêcheurs.

Il ne faut pas se voiler la face, le Nord-Est ne peut pas rivaliser avec des destinations comme les Pyrénées, la Lozère, la Franche Comté. Cependant, avec quelques actions pérennes bien menées et l’implication de nos partenaires (développement de l’image touristique « verte », de la capacité d’hébergements), cet ensemble peut devenir une vraie terre d’accueil pour les pêcheurs exigeants.

Avec le développement de l’URNE, je pense que les années à venir vont nous démontrer que l’intérêt pour ce loisir n’est pas désuet.

Venons en maintenant à la pêche à la mouche. Tu es un enfant du pays Basque. Quelle différence fais tu entre des rivières comme la Nive et les Gaves ou tu as sûrement fais tes premières armes, et des rivières « oubliées » du nord est comme le Rognon ou la Marne ?

En occultant le lien affectif qui me lie avec mes rivières originelles, à mon sens, il existe 3 différences notables.

La première réside dans le fait même de la technique de pêche. En effet, la nature torrentueuse des Nives ou des Gaves invitent à la prudence et à un maximum de concentration pour discerner le moindre indice d’activité des poissons. Sur les cours d’eau du Nord-est, de par leurs profils de rivières de plaine, le repérage des poissons est nettement plus aisé pour peu que l’on sache un minimum « lire » la rivière. Attention, je n’ai pas dit qu’ils étaient faciles à prendre !

La 2ème différence qui, j’avoue, m’a agréablement surpris c’est la possibilité de tenter la majorité des poissons en pêchant à vue. Sur les Nives ou le Gave, tous les secteurs ne se prêtent pas à cette pêche très spécifique qui nécessite une analyse poussée du comportement du poisson ciblé.

La dernière remarque porte sur ce que l’on a déjà évoqué, à savoir la relative tranquillité en action de pêche. Comme tu le précises, la Saulx, la Moselle, la Marne, le Rognon (et tant d’autres) sont des rivières que l’on peut qualifier d’oubliées ou du moins, sont moins présentes dans l’imaginaire des pêcheurs. C’est ainsi que je peux me permettre de « sélectionner » les poissons que je tente car je sais qu’à ma prochaine partie de pêche, ils n’auront pas subi une avalanche de vers, de cuillers, de vairons, ou de mouches. Il en va de même pour les secteurs que je fréquente assidûment avec mes 2 compères, JM51 et Fred51 (pseudo sur Gobages.com). En effet, contrairement à chez moi, avant de partir, si nous nous disons, « on va pêcher « aux cailloux » ce soir », il est très rare que le secteur soit déjà occupé par un pêcheur.

Je t’avoue cependant que rien ne remplacera le plaisir de crapahuter et de réussir à leurrer une des belles panthères (dixit Niko) de ma Nive…

Ta technique préférée ? La nymphe à vue je suppose ?

Je ne crois pas avoir de techniques préférée, bien qu’il est vrai que la nymphe à vue m’apporte énormément de satisfaction.

C’est une technique que j’ai découvert très tard, notamment grâce à Jean Marc. C’est un pêcheur qui recherche systématiquement à s’améliorer, à trouver le pourquoi d’un refus ou d’une décroche. Je pense que nous sommes avec Fred, tous 3 très complémentaires, au grand dam de nos chères ponctuées.

Il existe une certaine émulation entre nous, plus ou moins exacerbée, qui nous pousse sans cesse à évoluer et à rechercher ce qui fera la différence. Si je peux donner un conseil, n’hésitez pas à alterner vos parties de pêche entre solitude et partage.

Tu t’es dernièrement mis a la photo, et tu as notamment réalisé de jolis clichés de truites en train de frayer… parle nous un peu du moment, de la traque de l’image…

Je suis content que tu es remarqué cela. En effet, j’ai toujours eu un côté contemplatif (je ne dirais pas artistique, je n’en ai pas l’étoffe) ou plutôt, une sensibilité naturaliste. Ce qui me plaît c’est de réussir à capter un instant, un regard, un paysage qui puisse susciter l’envie de respect aux gens.

Pour cela, le contact et les échanges sont primordiaux. Nous n’avons pas tous, les moyens de suivre des cours spécifiques mais, par l’intermédiaire d’un forum comme gobages.com, les gens partagent et permettent à tout un chacun d’évoluer et d’orienter plus facilement son perfectionnement.

Il y a vraiment des moments magiques au contact de la Nature. Je me rappelle encore tout récemment, je suis resté près d’une heure à photographier des orchidées (des Listères notamment) pour trouver le bon angle et finalement, ne tirer qu’une seule photo potable. Il y a des jours où simplement je me pose au bord de l’eau, sans pêcher, juste observer.

L’histoire des photos de frayère ? Elle est simple. Via le boulot, j’ai accompagné un passionné à la découverte des frayères perdues de Champagne. En terme de photos, cette expérience fut un échec, hauteur d’eau importante, lumière insuffisante, pas seul, bref le plaisir n’était pas là. J’y suis retourné en posant quelques heures et j’ai pu partager un moment extraordinaire.

Sous la neige et le froid, jusqu’au soir, je suis resté figé comme hypnotisé, devant le spectacle que m’offraient ces belles.

Pour moi, la photo est devenue le complément essentiel de mes sorties. L’appareil ne peut plus être indissocié de mon gilet.

Merci beaucoup Brice, Agent de développement à la fédération de pêche, continue à faire ton travail avec passion…et je sais qu’on va se retrouver tôt ou tard sur la Moselle pour aller taquiner nos jolis ombres !

Merci à toi pour m’offrir la possibilité de livrer quelques unes de mes réflexions. Je me permets de terminer par une citation d’Izaac WALTON :
« les rivières et les habitants de l’élément liquide furent créés pour la contemplation des sages »

En voila un passionné !

Alors si vous voulez un moniteur et guide de pêche compétent dans le nord est, les infos sont la http://pecheurdenature.wordpress.com

Et bien sur, son blog pour nous faire rêver…  http://loops.gobages.net

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